Editorial


Pour la première fois depuis les 125 ans de son existence, « La Pensée russe », éditée à Paris depuis 1947, paraît en français.
 Pourquoi maintenant ? Simplement parce que nous ne pouvons plus jeter un regard indifférent sur la façon partiale dont sont traités, dans la presse européenne, les évènements liés à la Russie. Comment se fait-il que tout le monde parle du nouvel axe « Paris–Berlin–Moscou » et qu’en même temps, la rumeur véhiculée par les mass médias européens fasse apparaître l’image de la monstruosité d’une Russie, gouvernée par un ex-membre du KGB et où, même en cas de mort violente des otages, ce ne sont pas les terroristes qui sont coupables, mais ceux qui, au mépris du danger, ont essayé de sauver leurs vies ? Pourquoi ne dit-on jamais en Europe que Poutine, après son travail au KGB, a été pendant longtemps l’adjoint de l’un des fondateurs de la démocratie en Russie, le premier maire de Saint-Pétersbourg, Anatoli Sobtchak ? Pourquoi, en lieu et place du reportage dédié à la mémoire des dizaines de soldats russes morts en essayant de sauver les otages à Beslan, montre-t-on une interview avec le principal terroriste tchétchène (ainsi qu’il se nomme lui-même), Chamil Bassaïev, qui a justement organisé la prise d’otages ? Comment peut-on, dans un pays démocratique développé, et sous le prétexte de la liberté de parole, laisser parler les terroristes sur les ondes ?! Et pratiquement personne n’a écrit qu’après les explosions à Londres, le premier pays auquel s’est adressé l’Angleterre pour avoir des consultations sur la lutte contre le terrorisme, c’était bel et bien la Russie. De même, après l’ouragan Katrina, le premier pays à proposer son aide aux Etats-Unis, c’était encore la Russie. Personne ne compare les problèmes de la Tchétchénie avec les problèmes de la Corse, l’affaire « Youkos » avec l’affaire « Elf » ou « l’affaire Bernard Tapie ». La majorité des politiciens et des politologues européens disent d’emblée que ce sont des comparaisons hors de propos, sans même se donner la peine d’expliquer pourquoi. Comment, bien sûr, pourrait-on comparer la Russie des barbares et l’Europe démocratique ? 
Ces derniers temps, les mass médias européens, soit par bêtise, soit à la recherche d’une popularité bon marché, ont déclenché, au sens propre du terme, une sorte de « guerre froide » contre la Russie (et l’Amérique). La vodka, la mafia et le KGB, voilà tout ce que sait le lecteur européen sur le plus grand pays du monde et la diaspora russe, qui compte six millions d’habitants dans l’Union Européenne.
Savez-vous que dans les Pays Baltes, dont l’adhésion à l’Union Européenne est récente, on érige des monuments aux nazis SS, alors que les vétérans russes de la deuxième guerre mondiale sont traités d’occupants et privés de droits civiques ? Que plus qu’un demi million de Russes qui habitent dans ces pays n’ont pour tous papiers d’identité que des passeports spéciaux, de couleur grise ou violette, des prétendus passeports de non citoyens où, dans la rubrique « nationalité », est portée l’inscription « Alien », qui semble tout droit sortie du célèbre film d’horreur ? Que les nationalistes baltes ont tout simplement spolié les Russes de leur droit d’être entendus : le Parlement Européen a fait des quotas pour le nombre de députés dans les Pays Baltes en fonction de la population, et en Estonie, par exemple, cent mille des Russes n’ont pas été acceptés pour les élections. A en croire la presse européenne, personne ne s’en soucie. 
La Russie est un grand pays avec une grande histoire et un potentiel énorme. Son peuple est travailleur. Malgré les divergences et les guerres, la France et la Russie ont entretenu, pendant des siècles, des liens d’amitié sincère. Comment se fait-il qu’aujourd’hui, 20 ans après la chute du rideau de fer, la majeure partie des mass médias continue la guerre froide avec la Russie ?
La tâche essentielle de « La Pensée russe » a toujours été de donner une information objective à la population russophone d’Europe sur ce qui se passe effectivement en Russie. Il semblerait que nous ayons maintenant une autre tâche : porter cette même information à la connaissance de la population européenne de souche.
Dans ce premier numéro, vous trouverez des articles, publiés autrefois dans notre journal, qui parlent de la vie de la communauté russe de Paris. Vous apprendrez que nous avons d’autres intérêts que la vodka et qu’en dehors de « Kalinka », nous écoutons aussi d’autres chansons ; que les épouses russes ne sont pas systématiquement à la charge de leurs maris français, et ont le temps de s’occuper aussi bien de leur carrière que de leurs enfants et de leur foyer. Vous saurez qu’en Europe, il existe maintenant le premier parti politique russe et qu’au Parlement Européen, siège depuis peu le premier député russe. Vous trouverez bien d’autres informations encore et, en dernière page, notre sélection des meilleures adresses « russes » à Paris.
Bonne lecture.

Andrei Goultsev
Gérant, Directeur de la publication